Le surtourisme désigne une situation dans laquelle le nombre de visiteurs dépasse la capacité d’un lieu à les accueillir sans dégrader l’environnement, la qualité de vie des habitants et l’expérience touristique elle-même.
Le monde entier débarque sur les mêmes sites, je ne comprendrai jamais. La planète est immense, diverse, foisonnante de paysages, de cultures et d’histoires, et pourtant les flux touristiques se concentrent obstinément sur quelques lieux devenus des icônes. Les mêmes plages saturées, les mêmes centres-villes transformés en décors, les mêmes monuments photographiés à l’infini. Comme si voyager signifiait cocher des cases plutôt que découvrir.
Cette obsession pour les destinations « incontournables » interroge notre rapport au voyage : cherchons-nous encore l’expérience, la rencontre, l’étonnement, ou seulement la validation sociale d’avoir été là où tout le monde va ? Pendant ce temps, d’autres régions, tout aussi riches et parfois plus accueillantes, restent ignorées. Le surtourisme n’est donc pas seulement un problème de foule, mais un symptôme : celui d’une imagination touristique appauvrie, qui préfère la répétition rassurante à l’exploration véritable.
J’irais même plus loin : les réseaux sociaux portent une part importante de responsabilité dans ce phénomène. En désignant implicitement les lieux « incontournables », « instagramables », ils fabriquent des destinations à la mode, parfois en quelques semaines. Un point de vue, une plage, une ruelle deviennent viraux, attirant des milliers de visiteurs en quête de la même photo, du même cadrage, de la même preuve de passage. Le voyage se transforme alors en mise en scène, et les lieux en arrière-plans standardisés.
Le problème est que, bien souvent, les conséquences sont dramatiques. Dans de nombreuses villes et régions, les prix de l’immobilier et le coût de la vie explosent, portés par une économie touristique devenue dominante. Les habitants sont progressivement repoussés vers la périphérie, chassés de leurs propres quartiers, contraints de quitter des lieux où ils ont grandi et qu’ils ne demandent pourtant qu’à habiter en paix. La ville se transforme alors en vitrine, pensée pour les visiteurs plutôt que pour ceux qui y vivent.
À cela s’ajoute une autre réalité, plus immédiate mais tout aussi pesante : l’impossibilité de profiter des lieux eux-mêmes. Embouteillages humains, files d’attente interminables, plages bondées, centres historiques saturés…Le surtourisme abîme ainsi tout le monde : il fragilise les populations locales, dégrade les espaces naturels et culturels, et finit par vider le voyage de son sens. À force d’accumuler les corps et les usages, les lieux s’épuisent, et avec eux l’idée même d’évasion.
Cette pression constante génère également des tensions sociales de plus en plus visibles. Dans certaines villes, comme par exemple Barcelone, le rejet du tourisme n’est plus un tabou : manifestations, graffitis, slogans hostiles. Non pas par haine de l’autre, mais par lassitude. Lassitude de ne plus se reconnaître chez soi, de voir son quotidien perturbé, son rythme imposé par une économie tournée exclusivement vers les visiteurs. Le tourisme, censé favoriser l’ouverture et l’échange, devient alors une source de conflit.
Face à ce constat, une question s’impose : comment réinventer notre manière de voyager ? La réponse passe sans doute par une approche plus responsable et plus consciente. Voyager moins, mais mieux. Sortir des sentiers battus, accepter de renoncer aux lieux surmédiatisés, privilégier la lenteur, la saisonnalité, et le respect des territoires. Redonner de la valeur à la découverte plutôt qu’à la performance touristique. Car voyager ne devrait pas consister à consommer des lieux, mais à les rencontrer. Et préserver ce qui nous fait voyager aujourd’hui, c’est peut-être la condition pour pouvoir encore le faire demain.
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