Les massacres dont on ne parle pas

Publié le 23 décembre 2025 à 07:09
massacre

Pendant que l’attention médiatique se concentre sur quelques conflits, d’autres tragédies humaines se déroulent dans une quasi-indifférence. Des chrétiens d’Orient ou d’Afrique aux Rohingyas, en passant par les Ouïghours, des populations entières sont persécutées, déplacées ou massacrées dans un silence assourdissant. Pourquoi certaines violences mobilisent-elles l’opinion publique quand d’autres restent reléguées aux marges de l’actualité ? Que dit ce déséquilibre de notre regard sur le monde ?

 

Les Rohingyas en Birmanie et les Ouïghours en Chine, tous deux majoritairement musulmans, sont victimes depuis des années de politiques de persécution systématique : expulsions, internements de masse, destructions de villages, violences sexuelles, effacement culturel. Pourtant, ces drames restent largement absents du débat public international. Pourquoi ce mutisme ? et pourquoi cette absence de réaction de la part des musulmans ?

 

En Afrique, notamment au Soudan et en République démocratique du Congo, des milliers de civils ont été tués dans une indifférence presque totale. Ces drames humains, pourtant d’une gravité extrême, peinent à mobiliser l’attention internationale. Le silence qui les entoure ajoute à la violence subie par des populations déjà abandonnées.

 

Le sort des chrétiens persécutés obéit à la même logique de silence. Présents dans des zones de conflits multiples, du Nigeria au Pakistan, de la Syrie au Sahel, ils sont aujourd’hui l’une des communautés religieuses les plus ciblées au monde. Attentats contre des églises, enlèvements, conversions forcées, assassinats : les violences sont récurrentes et documentées, mais rarement traitées comme une question majeure de politique internationale.

 

Cette invisibilisation tient à plusieurs facteurs. D’abord, la dispersion géographique des persécutions empêche leur lecture comme un conflit unique et identifiable. Ensuite, parler de chrétiens persécutés dérange : dans certaines régions, cela implique de nommer l’islamisme radical ; ailleurs, cela oblige à critiquer des États alliés ou stratégiques. Enfin, dans des sociétés occidentales, la persécution religieuse, surtout lorsqu’elle touche des chrétiens, suscite moins d’empathie ou est perçue comme un sujet idéologique.

 

Certains drames sont plus facilement intégrés au récit médiatique dominant que d’autres. Ils opposent des camps identifiables, s’inscrivent dans des schémas familiers et permettent une prise de position claire. À l’inverse, les persécutions diffuses, lentes, religieuses ou ethniques, sans images spectaculaires ni acteurs médiatiques puissants, peinent à susciter l’attention.

 

En réalité, un tri s’opère. Un tri cynique, guidé par l’émotion rentable, l’image choc et l’audience mesurable. Certaines tragédies sont jugées plus « vendables » que d’autres. Comme si la souffrance humaine obéissait aux lois du marché. Une logique glaçante, indigne, qui transforme des massacres en sujets secondaires. Et c’est là toute l’horreur.

 

Le résultat est un immobilisme inquiétant. Faute de pression médiatique et politique, les violences se poursuivent, souvent dans l’impunité. Ce silence interroge : pourquoi certaines vies valent-elles moins que d’autres dans l’agenda international ? Et jusqu’où l’indifférence devient-elle une forme de complicité passive ?

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