« Clivage » : sans doute un des mots du siècle. Partout, on se dresse les uns contre les autres : jeunes contre vieux, riches contre pauvres, communautés contre communautés. On prêche le vivre ensemble mais on pratique le cloisonnement. Le réflexe d’entraide s’efface au profit de l’individualisme, alors que nous avons besoin les uns des autres.
L’entraide disparaît peu à peu de notre quotidien, au point que nous finissons par la percevoir comme une exception plutôt que comme une norme. Là où elle structurait autrefois la vie de quartier, les relations de voisinage ou le monde du travail, elle semble aujourd’hui reléguée au second plan, étouffée par l’individualisme, la course à la performance et le manque de temps. Nous croisons des visages sans les connaître, partageons des espaces sans créer de liens, et préférons souvent détourner le regard plutôt que d’offrir une aide spontanée.
L’entraide subsiste alors surtout dans les récits que l’on consomme : films, séries ou romans, où des personnages solidaires se soutiennent face à l’adversité. Ces histoires nous émeuvent précisément parce qu’elles contrastent avec notre réalité quotidienne. Elles nous rappellent ce que nous avons perdu, ou du moins mis de côté : la simplicité d’un geste gratuit, l’importance du collectif, et la force que l’on tire des autres. En devenant un élément de fiction, l’entraide révèle en creux son absence dans la vie réelle, comme si nous avions besoin d’écrans pour nous souvenir de sa valeur.
Depuis des années, la culture du « chacun pour soi » s’est installée comme une norme. Et franchement, ça me rend folle. On en est arrivés au point où, dans les transports, quelqu’un peut s’effondrer et la majorité détourne les yeux, comme si l’indifférence protégeait de tout. Quand une femme se fait agresser, c’est le même scénario : on assiste, silencieux, paralysés. Je comprends la peur, bien sûr. Mais si nous réagissions ensemble, si nous faisions bloc, l’agresseur n’aurait aucune chance. À plusieurs, on peut arrêter ce qui nous dépasse seuls. À plusieurs, on peut changer les choses.
Alors pourquoi ce manque de solidarité ? Les sociétés contemporaines valorisent davantage l’autonomie, la réussite personnelle, l’indépendance. Cela peut faire passer l’aide collective au second plan. Aussi, mobilité géographique, anonymat urbain et éloignement familial affaiblissent les liens quotidiens. Le manque de temps (travail, transports, charges mentales) donne l’impression que chacun doit « s’occuper de sa propre survie ». Quand on est épuisé, on se soutient moins. Les réseaux sociaux créent une forme d’entraide symbolique, mais pas toujours concrète…et peuvent renforcer l’impression d’être seul face à ses problèmes.
Quel dommage ! quand arrêterons-nous de regarder notre nombril ?
À force de courir après nos propres intérêts, nous oublions que la force d’une société repose sur les liens qui l’unissent. Nous nous croisons sans nous voir, chacun absorbé par son écran, son stress, ses priorités. Pourtant, un simple geste, un regard, une main tendue suffiraient à raviver cette solidarité que nous croyons perdue. Il est temps de relever la tête : personne ne construit l’avenir seul.
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