Les enfants rois

Publié le 30 décembre 2025 à 10:26
Les enfants rois

Depuis qu’on a banni le mot « non » du vocabulaire parental, la maison ressemble à une petite dictature…menée par les enfants. Sans vouloir revenir au fouet, il faut bien admettre qu’on a un peu perdu les pédales.

 

Les rapports entre parents et enfants ont évolué et j’ai le sentiment que ça ne va pas dans la bonne direction. De plus en plus, c’est l’enfant qui choisit, c’est l’enfant qui donne le tempo, bref, il impose sa loi. Le rapport de force semble s’être inversé. Là où l’on devrait rechercher un juste équilibre, émergent parfois de véritables « petits rois » tout-puissants.

 

On constate une difficulté grandissante à exercer une autorité parentale claire et sereine. Face à des enfants de plus en plus affirmés, des modèles éducatifs changeants et la crainte de « mal faire », beaucoup de parents n’osent plus poser des limites. Cette hésitation ouvre la voie à une relation déséquilibrée, où l’adulte peine à jouer pleinement son rôle.

 

Dans beaucoup de foyers, la pression pour être un parent parfait est devenue un poids silencieux. On attend des mères et des pères qu’ils soient disponibles sans relâche, patients en toutes circonstances, pédagogues, et capables de répondre aux besoins émotionnels de leurs enfants comme des experts. À force d’entendre qu’un « bon parent » doit écouter, expliquer, comprendre et surtout ne jamais se tromper, beaucoup vivent chaque contrariété comme un échec personnel. Cette quête d’exemplarité les pousse à s’adapter sans cesse, à négocier ce qui ne devrait pas l’être, par peur de blesser ou de ne pas être à la hauteur. La parentalité se transforme alors en performance, où le moindre faux pas semble passible de jugement. Et ironie du sort : à vouloir être parfait, on finit souvent épuisé, coupable, et prêt à tout céder au détriment du cadre dont les enfants ont pourtant besoin.

 

On estime qu’environ 6 % des parents traversent un burn-out parental. Ce chiffre, à lui seul, dit déjà beaucoup. Il dit l’épuisement silencieux, la pression qui s’accumule…Il dit surtout qu’au cœur de nos foyers, quelque chose s’est fissuré, et qu’il est urgent de comprendre pourquoi.


Sans doute parce que notre époque a relégué l’autorité au rang des tabous. Aujourd’hui, l’autorité a mauvaise presse : on l’associe trop vite à la rigidité, à la domination, voire à des pratiques d’un autre temps. Dès qu’on prononce le mot, les imaginaires se peuplent aussitôt de coups de martinet et de punitions humiliantes. Pourtant, poser un cadre ferme n’a rien à voir avec la maltraitance, bien au contraire. Un cadre clair, cohérent et rassurant est souvent ce dont l’enfant a le plus besoin pour grandir en sécurité. L’autorité, lorsqu’elle est exercée avec bienveillance et constance, devient un repère structurant, pas une source de peur. Elle est moins un pouvoir qu’on exerce sur l’enfant qu’une direction qu’on lui donne pour l’aider à se construire.

 

En évitant le « non » à nos enfants, nous leur offrons une illusion de toute-puissance. Mais c’est une illusion cruelle, car le monde, lui, dira non, tôt ou tard. Le « non » n’est pas une punition mais une initiation à la vie. Un enfant sans cadre n’est pas un enfant plus libre : c’est un enfant perdu. Et un parent sans limites n’est pas plus aimant : c’est un parent épuisé. Bref, il n’y a pas de recette miracle pour être un bon parent et c’est dur d’être parent tout court mais, en revanche, il est possible d’être un parent présent, cohérent, et capable de poser un cadre et c’est peut-être le plus beau cadeau qu’on puisse faire à un enfant.

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