Taxer l'héritage

Publié le 7 janvier 2026 à 07:12
taxer l'héritage

Comment peut-on accepter de taxer ce qui l’a déjà été toute une vie durant ? En France, pays champion de la pression fiscale, l’injustice atteint son comble au moment de l’héritage : même ce qui a été gagné, épargné et imposé pendant des décennies reste soumis à l’impôt. Recevoir un héritage devient presque une faute, alors qu’il ne s’agit que du fruit d’un travail déjà lourdement taxé.

 

J’en ai moi-même fait l’amère expérience. Ma tante a souhaité me léguer sa maison. Mais au moment de la succession, le fisc a exigé plus de 50 % de sa valeur. Nous n’avons donc pas pu la conserver. Perdre un être cher est déjà un drame. À cette douleur s’ajoute alors un second déchirement : celui d’être contraint de se séparer de ce qu’une personne a mis toute une vie à construire ainsi que des souvenirs qui sont liés, simplement parce que l’impôt l’exige.

 

Ceux qui sont le plus durement touchés par les taxes sur l’héritage ne sont pas les plus riches, mais au contraire les ménages modestes. Les familles moins aisées n’ont souvent pour seul patrimoine qu’un logement, parfois acquis au prix d’une vie de travail. Lorsqu’il est transmis, il peut devenir une charge fiscale lourde, voire insupportable.

 

Que les plus riches puissent transmettre leur argent ne me dérange pas ; ce qui me choque profondément, c’est que les moins riches n’aient pas la même possibilité. Empêcher une famille modeste de transmettre le fruit de ses efforts, sous prétexte d’égalité ou de redistribution, sérieux ? Une fiscalité juste devrait tenir compte de cette réalité et ne pas frapper plus durement ceux qui ont le moins de moyens pour s’en protéger.

 

Et même lorsqu’il s’agit des plus riches, le principe même de la taxation de l’héritage pose question. Taxer un patrimoine sur lequel des impôts ont déjà été acquittés, parfois à de multiples reprises, tout au long de sa constitution, me paraît profondément injuste. Ces biens ont été soumis à l’impôt sur le revenu, aux cotisations, aux taxes sur la consommation, à l’impôt sur les sociétés ou encore aux taxes foncières. Les taxer à nouveau au moment de la transmission revient à considérer que la propriété n’est jamais pleinement acquise, mais seulement prêtée sous condition.

 

Une telle logique fragilise la confiance dans l’effort et l’épargne de long terme. Elle envoie le message que même après une vie de travail, de prises de risques et de contributions fiscales, l’État se réserve le droit de prélever encore, simplement parce qu’un décès est intervenu. On peut débattre de la redistribution et de la solidarité, mais celle-ci ne devrait pas reposer sur une forme de double, voire de triple, imposition qui heurte le sentiment élémentaire de justice fiscale.

 

Pour toutes ces raisons, l’héritage ne devrait pas être taxé. Il ne s’agit ni d’un revenu nouveau, ni d’un gain spéculatif, mais de la transmission d’un patrimoine déjà constitué, déjà imposé, et profondément lié à une histoire familiale et à des efforts individuels. En le taxant, l’État ne corrige pas une injustice : il en crée une nouvelle. Une société qui empêche ou pénalise la transmission rompt le lien entre les générations. Permettre à chacun, riche ou modeste, de transmettre librement ce qu’il a bâti n’est pas un privilège, mais une reconnaissance du travail, de la prévoyance et de la dignité des familles. À ce titre, la suppression de la taxation de l’héritage n’est pas une faveur accordée à quelques-uns, mais une exigence de justice et de cohérence.

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