Certains élus semblent vivre à des millions d’années-lumière des préoccupations des français. Entre décisions hors-sol et discours déconnectés, leur perception du pays ressemble souvent à une fiction que personne, ici-bas, ne reconnaît.
Je me souviens d’un exemple tristement révélateur. En 2016, Jean-François Copé estimait le prix d’un pain au chocolat à 10 ou 15 centimes. Lorsqu’on en est réduit à méconnaître des réalités aussi élémentaires, il devient légitime de s’interroger sur la capacité à comprendre, et a fortiori à gérer, les préoccupations concrètes de la population.
Je veux bien admettre que nous ne savons pas tout, que certaines réalités nous échappent et que l’exercice du pouvoir comporte sa part d’ombre. Mais nous, citoyens, sommes confrontés chaque jour à ce qui ne tourne pas rond dans notre société. Nous en faisons l’expérience directe, dans nos rues, nos services publics, nos factures, nos difficultés. Et c’est précisément ce décalage entre ce que nous vivons et ce que certains élus semblent percevoir qui nourrit ce sentiment grandissant d’incompréhension et de rupture.
Nous ne cessons d’alerter sur des dysfonctionnements qui, pour nous, ne sont plus de simples détails mais des signaux d’alarme. Pourtant, à force de répéter les mêmes constats, nous avons l’impression de parler dans le vide. Les problèmes s’accumulent, les réponses tardent, et une question s’impose, presque naïve mais profondément sincère : y a-t-il encore quelqu’un, quelque part, pour nous écouter vraiment ?
On ne compte plus les citoyens déçus par la politique, et la déconnexion croissante de nos élites n’y est sans doute pas étrangère. À force de gouverner depuis les hauteurs, elles semblent gérer les grands équilibres qui nous dépassent, les chiffres, les stratégies, les sommets. Soit. Mais qu’elles se montrent incapables, ou indifférentes, face aux problèmes concrets qui nous minent au quotidien comme le pouvoir d’achat, les services publics, le travail, le logement, devient insupportable. Cette distance entre ceux qui décident et ceux qui vivent les conséquences nourrit la colère, l’abandon et, finalement, le désamour démocratique.
La défiance envers les responsables politiques s’alimente aussi d’un sentiment tenace : celui qu’ils sont davantage préoccupés par la préservation de leurs places que par le sort du pays. À mesure que les mandats s’enchaînent, l’impression grandit que le confort des fonctions, les privilèges et les calculs de carrière prennent le pas sur l’intérêt général. Cette politique vécue comme un métier, parfois comme une rente, éloigne encore un peu plus les citoyens, qui peinent à reconnaître dans ces figures installées des représentants capables de comprendre leurs inquiétudes et de porter leurs espoirs.
Tout cela nourrit un profond désespoir. À force de ne plus se sentir écoutés, ni compris, beaucoup finissent par douter non seulement de celles et ceux qui gouvernent, mais de l’utilité même de la politique. Ce découragement silencieux s’installe, ronge la confiance collective et fragilise le lien démocratique. Quand l’espoir disparaît, il laisse place à l’abstention, à la colère ou au repli, autant de signes d’une société qui ne croit plus en la promesse d’un avenir partagé.
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