On apprend à résoudre des équations complexes, à analyser des textes littéraires du XIXᵉ siècle, à réciter des dates par cœur. Mais une fois sortis de l’école, beaucoup se retrouvent démunis face à des questions simples : gérer un budget, comprendre un contrat, cuisiner, recoudre un bouton, prendre soin de leur santé mentale, trouver leur place dans la société. L’école française, souvent célébrée pour son exigence académique, semble pourtant oublier une mission essentielle : préparer à la vie réelle.
Je suis complètement pour la réintroduction de cours de cuisine ou de couture dans l’enseignement. Ces disciplines, souvent perçues comme secondaires ou dépassées, répondent pourtant à des besoins fondamentaux de la vie quotidienne. Savoir préparer des repas simples et équilibrés, réparer un vêtement plutôt que le jeter, comprendre la valeur du temps et du travail manuel : autant de compétences concrètes que l’école pourrait transmettre à tous, indépendamment du milieu social.
Au-delà de leur utilité pratique, ces cours participent aussi à l’autonomie et à la confiance en soi. Ils valorisent d’autres formes d’intelligence que la seule réussite académique, en redonnant une place au geste, à l’expérimentation et à l’apprentissage par l’erreur. Dans une société où l’on consomme plus qu’on ne répare et où beaucoup de jeunes adultes se sentent démunis face aux tâches les plus simples, ces enseignements prendraient tout leur sens.
Réintroduire la cuisine ou la couture à l’école ne serait donc pas un retour en arrière, mais au contraire une adaptation nécessaire aux réalités actuelles. Il ne s’agirait pas de former des professionnels, mais de donner à chacun les bases pour vivre de manière plus autonome, plus responsable et plus consciente.
L’école française prépare surtout à réussir dans un cadre très balisé : consignes claires, barèmes précis, bonnes réponses attendues. Or, dans la vie réelle, les règles sont floues, les chemins rarement linéaires et l’échec fréquent. Dans la vie adulte, on se trompe de voie, on rate un entretien, on abandonne un projet, on doute. Pourtant, l’école continue de sanctionner l’erreur plutôt que de l’utiliser comme un outil d’apprentissage. En ne laissant que peu de place à l’essai, à l’échec et à la remise en question, elle donne l’illusion qu’un parcours réussi est forcément linéaire.
Certains avanceront que cet apprentissage devrait se faire au sein de la famille. Je ne partage pas cet avis : dans le contexte actuel, le temps fait souvent défaut, et toutes les familles ne disposent pas nécessairement des connaissances ou des outils requis pour assumer pleinement ce rôle.
L’école ne doit donc pas se contenter de former des têtes bien pleines, elle doit préparer des vies bien vécues. Pour cela, elle doit dépasser la simple accumulation de connaissances et donner aux élèves les outils pour affronter le réel : savoir cuisiner, réparer, gérer un budget, prendre soin de soi et des autres. En valorisant ces compétences concrètes et en laissant une place à l’erreur et à l’autonomie, l’école peut devenir un lieu où chaque élève se construit non seulement intellectuellement, mais aussi humainement, prêt à naviguer dans la complexité du monde avec confiance et responsabilité.
Ajouter un commentaire
Commentaires