Quand le politiquement correct étouffe la liberté d'expression

Publié le 4 février 2026 à 07:07
liberté d'expression

La liste des sujets devenus tabous ne cesse de s’allonger. Pensé comme un moyen de protéger les individus et les minorités, le politiquement correct redéfinit en profondeur les limites de ce qu’il est permis de dire. Mais à force de vouloir moraliser le langage, ne risque-t-on pas de transformer la liberté d’expression en une liberté sous conditions ?

 

Le problème est simple : tant que certains sujets resteront interdits, tant que certaines réalités ne pourront être nommées, aucun problème ne pourra être réellement traité. Nommer, c’est d’abord rendre visible. Or ce qui échappe au langage échappe aussi à l’analyse, au débat et, in fine, à l’action politique. En refusant d’aborder certains thèmes jugés sensibles, on ne les fait pas disparaître ; on les soustrait simplement à toute réflexion collective, laissant les tensions s’accumuler. Le silence n’apaise pas les tensions, il les fige.

 

Pour la philosophe Hannah Arendt, la politique naît de la parole. Ce qui ne peut être dit ne peut entrer dans l’espace public, et donc ne peut être véritablement pensé collectivement. Restreindre le langage, c’est ainsi appauvrir la vie politique elle-même.

 

Prenons l’exemple le plus révélateur : l’immigration. Il suffit d’en parler pour être immédiatement disqualifié moralement. « Facho », « raciste », le verdict tombe avant même que le débat commence. En réalité, cette stratégie permet surtout d’empêcher toute discussion. Car oui, un débat sur l’immigration est non seulement possible, mais nécessaire surtout à l’heure ou notre pays accumule plus de 3000 milliards de dettes et possède des services publics au bord du gouffre. Et non, cela ne relève pas du racisme.

 

Il est parfaitement légitime de s’interroger sur les conséquences d’une politique migratoire, d’en pointer les éventuels effets négatifs, sans pour autant stigmatiser une communauté, ni remettre en cause la dignité des personnes concernées. Critiquer une politique n’est pas attaquer des individus.

Pourtant, on tente de nous faire croire le contraire. Non pas pour protéger qui que ce soit, mais pour étouffer un débat qui dérange.


En refusant le débat modéré, on laisse le terrain à ceux qui parlent sans filtre ni souci de vérité. On affirme défendre la démocratie, la pluralité, l’inclusion…tout en excluant du débat public certaines opinions avant même qu’elles soient formulées. Ce paradoxe affaiblit la légitimité même du discours démocratique. On ne peut pas à la fois célébrer le pluralisme et décider à l’avance quelles opinions sont autorisées.

 

Défendre la liberté d’expression ne signifie pas défendre l’insulte ou la haine, mais revendiquer le droit au débat rationnel, argumenté, contradictoire. Le vrai courage politique n’est pas de faire taire les sujets qui dérangent, mais d’oser les affronter par la raison plutôt que par l’anathème.

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