La dépression encore trop sévèrement jugée

Publié le 7 février 2026 à 06:45
dépression

On parle aujourd’hui de la dépression plus librement qu’hier. Le mot circule, les témoignages se multiplient, le tabou recule. Et pourtant, le regard de la société reste souvent dur, figé, définitif. Comme si traverser un ou plusieurs épisodes dépressifs suffisait à enfermer une personne dans une étiquette : « foutu », « fragile », « bon à rien ». Une vision réductrice, qui blesse autant qu’elle invisibilise les réalités de la maladie.

 

J’en ai moi-même fait l’expérience. En parlant ouvertement de ma dépression, j’ai réalisé que certaines personnes avaient tendance à m’enfermer dans une case, comme si ce que j’avais traversé me définissait entièrement. Or la réalité est tout autre. J’ai fait une dépression sévère et pourtant, je suis une battante. Je me suis relevée, et aujourd’hui je me surveille comme le lait sur le feu pour ne pas resombrer. « Grâce » à cette épreuve, j’ai développé une solidité psychologique que beaucoup de personnes jugées « normales » n’ont jamais eu l’occasion de construire. Contrairement aux idées reçues, je ne sombre pas au moindre problème : j’ai simplement appris à accorder davantage de place à mon bien-être.

 

À cause des jugements hâtifs et des étiquettes persistantes, beaucoup préfèrent se taire, en particulier dans le cadre professionnel, où la dépression reste perçue comme une faiblesse ou un risque. J’ai fait le choix inverse. Parler, malgré les peurs, malgré les regards, pour tenter, à mon échelle, de faire bouger les lignes et de montrer qu’avoir traversé une dépression n’empêche ni la compétence, ni l’engagement, ni la solidité.

 

Mon témoignage n’a rien d’exceptionnel. Il ressemble à celui de milliers de personnes compétentes, engagées, capables, qui continuent pourtant d’être réduites à un épisode de leur vie. Tant que la dépression sera perçue comme une condamnation plutôt que comme une épreuve, le silence restera la norme. Le problème n’est pas d’avoir traversé une dépression, mais de vivre dans une société qui confond vulnérabilité et faiblesse, et qui préfère le déni à la complexité des parcours humains.

 

Parler de sa santé mentale ne devrait pas relever du courage, encore moins du risque. Cela devrait être un geste banal, aussi légitime que d’évoquer une fatigue persistante ou un problème physique. Tant que dire « j’ai traversé une dépression » continuera d’inquiéter, de susciter la méfiance ou de freiner des trajectoires professionnelles, le silence restera une stratégie de survie. Faire évoluer les regards, c’est permettre à chacun de ne plus avoir à choisir entre se protéger et se taire.

 

Pour finir j’ai envie d’insister sur un point : arrêtez de croire qu’une personne qui a traversé une dépression est vouée à « vous filer entre les doigts » ! Bien au contraire : la plupart cherchent à éviter de revivre un épisode aussi difficile et ont tendance à mieux prendre soin d’elles-mêmes. Lorsqu’elles sont bien accompagnées, tout le monde y gagne.

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