De « la police tue » à « ACAB », en passant par les accusations récurrentes de « racisme systémique », nos forces de l’ordre se trouvent aujourd’hui au cœur d’un climat de défiance sans précédent. Les mots, les slogans et les hashtags deviennent autant de projectiles symboliques qui s’ajoutent aux agressions physiques, toujours plus nombreuses. L’institution policière apparaît plus que jamais comme une cible, au sens propre comme au figuré.
J’entends de plus en plus souvent le slogan « la police tue ». Vraiment ? Selon les données de l’IGPN, en France, en 2024, 52 personnes ont perdu la vie à la suite d’une intervention policière. Dans le même temps, le trafic de drogue a causé la mort de 110 personnes et en a blessé 350, d’après un rapport de l’OFAST. Autrement dit, le narcotrafic tue plus du double de personnes que les forces de l’ordre…et je ne parle même pas du grand banditisme ou des faits divers…
De plus, il paraît aujourd’hui nécessaire de rappeler une évidence : la police ne tue pas gratuitement. On imagine mal un fonctionnaire prenant son service avec l’intention d’ôter une vie. Dans l’immense majorité des situations, les tirs mortels s’inscrivent dans des contextes de légitime défense ou de danger immédiat, où l’alternative serait de laisser un collègue, ou soi-même, être grièvement blessé ou tué. Exiger des policiers qu’ils s’exposent sans réagir pour ne pas être accusés d’usage excessif de la force est une absurdité.
Tout cela ne signifie pas nier l’existence de bavures, qui, lorsqu’elles surviennent, doivent être reconnues, sanctionnées et empêchées. Mais ces dérives restent rares au regard du nombre d’interventions quotidiennes, et l’institution, comme n’importe quelle autre profession, peut compter quelques individus défaillants. Impossible d’y échapper totalement : des « brebis galeuses », il y en a et il y en aura toujours, quel que soit le métier.
Quant à l’idée d’un supposé racisme systémique au sein de la police, elle mérite d’être interrogée avec sérieux plutôt que reprise comme un slogan. Rien n’indique que les forces de l’ordre compteraient davantage de personnes racistes que n’importe quel autre corps professionnel. Au contraire, il suffit de regarder la réalité du terrain : la police d’aujourd’hui est socialement, culturellement et religieusement diverse, composée de femmes et d’hommes issus de tous milieux, de toutes origines, parfois eux-mêmes habitants des quartiers populaires.
Cela n’exonère en rien l’institution d’un devoir constant de vigilance, de formation et de transparence pour prévenir et sanctionner les comportements discriminatoires lorsqu’ils surviennent. Mais affirmer qu’un corps entier serait structurellement animé par le racisme revient à nier à la fois la pluralité de ceux qui le composent et le travail quotidien qu’ils accomplissent dans des contextes souvent complexes.
Dernièrement, un « humoriste » s’est permis de comparer nos forces de l’ordre à Daesh. Rien que ça. Une sortie provoquante, gratuite, indécente, qui témoigne surtout d’un profond mépris pour celles et ceux qui risquent leur vie au quotidien. On pourra toujours invoquer la liberté d’expression, et elle doit, bien sûr, être protégée, mais encore faut-il ne pas la confondre avec la permission d’assimiler des fonctionnaires de la République à une organisation terroriste responsable de massacres de masse. À un moment, il faut appeler les choses par leur nom : ce type de parallèle abject relève davantage de la surenchère idéologique que de l’humour, et s’apparente à mes yeux à de l’apologie du terrorisme. Ce n’est pas seulement une provocation de plus : c’est un affront envers tous les policiers, mais aussi envers les victimes réelles de groupes terroristes. Que de tels propos trouvent encore écho en dit long sur la facilité avec laquelle certains transforment la police en bouc émissaire commode, quitte à franchir toutes les limites de la décence et de la responsabilité.
Au fond, lorsqu’un danger surgit, tout le monde sait qu’on est bien content de les trouver, les policiers. Moi je n’ai pas honte de les remercier pour ce qu’ils ont déjà fait pour moi, ou feront un jour si besoin.
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