Quand critiquer les chrétiens devient un sport national

Publié le 11 février 2026 à 13:18
chrétiens

Il est aujourd’hui possible de critiquer les chrétiens sans susciter la moindre protestation. La critique, en soi, ne me choque pas : nous vivons dans une démocratie et critiquer les religions est un droit. Ce qui m’agace davantage, c’est l’asymétrie du débat public : la moindre réserve exprimée à l’égard d’autres communautés expose immédiatement à l’accusation voire au lynchage médiatique. Essayez seulement d’évoquer l’islam, et vous serez aussitôt cloué au pilori.

 

Critiquer n’est pas discriminer. La critique, lorsqu’elle est argumentée et ponctuelle, participe au débat démocratique et à l’examen des idées. Mais lorsque cette critique devient quotidienne, systématique, et glisse trop souvent vers la moquerie ou la caricature, elle cesse d’éclairer pour finir par stigmatiser. À force de répéter les mêmes attaques, on ne questionne plus une religion, on entretient un climat de dédain qui vise moins les idées que ceux qui s’en réclament.

 

Il est essentiel de distinguer la critique d’une doctrine, qui relève du débat d’idées, de l’attaque visant les croyants en tant que personnes. Une religion peut être discutée, contestée, réfutée ; mais les individus qui s’en réclament ne devraient jamais devenir des cibles symboliques ou physiques. Lorsque la frontière s’efface, ce n’est plus la liberté d’expression qui s’exerce, mais une forme de mépris social.

 

Le christianisme, en Europe notamment, a longtemps occupé une position dominante. Cette histoire explique en partie la liberté de ton dont il fait aujourd’hui l’objet. Mais reconnaître ce passé ne saurait justifier l’indifférence face aux violences actuelles ni légitimer une hostilité devenue systématique.

 

Les attaques ciblant les chrétiens se multiplient, dans une relative indifférence. Profanations, pillages d’églises, dégradations répétées : ces faits s’installent dans le paysage quotidien sans provoquer d’émotion durable. Plus grave encore, des chrétiens sont tués sans que ces crimes ne suscitent l’indignation collective qu’ils mériteraient.

 

Les chrétiens devraient-ils courber l’échine et encaisser les coups, pendant que d’autres communautés bénéficient d’une protection accrue ? Cette impression d’inégalité alimente un profond sentiment d’injustice. Il ne s’agit pas de contester la nécessité de protéger quiconque contre la haine ou la violence, mais de s’interroger sur une hiérarchie implicite des indignations, où certains seraient jugés plus dignes d’attention que d’autres.

 

Cette asymétrie perçue pose une question essentielle : celle de l’égalité réelle entre citoyens. Cette fracture met en lumière une démocratie à plusieurs vitesses. Le discours universaliste, lorsqu’il refuse de reconnaître ces déséquilibres, contribue à les perpétuer. En prétendant traiter tout le monde de la même manière, il occulte les déséquilibres bien réels qui structurent la société.

 

En définitive, s’en prendre à une communauté qui, trop souvent, choisit de se taire et de supporter sans répondre n’a rien d’anodin. Ce n’est ni du courage ni de la liberté d’expression, mais une injustice qui profite du silence des autres. Se « lâcher » ainsi révèle moins une force qu’une faiblesse morale : celle de frapper là où la résistance est la plus faible.

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