L'intolérance

Publié le 21 mars 2026 à 07:38
L'intolérance

Intolérance : Tendance à ne pas supporter, à condamner ce qui déplaît dans les opinions ou la conduite d'autrui. (Petit Robert)

 

L’intolérance peut prendre mille visages. Elle peut être religieuse, politique, ethnique, sociale ou culturelle. Elle se glisse partout où l’humain classe, juge, hiérarchise. Souvent discrète, parfois brutale, elle se niche dans les conversations du quotidien comme dans les débats publics, dans les gestes anodins comme dans les décisions collectives. Et parce que nos sociétés sont plus visibles, plus connectées, plus rapides, elle semble aujourd’hui se multiplier, gagner du terrain, s’infiltrer dans des espaces où l’on pensait pourtant que la compréhension et la nuance prévalaient.

 

L’intolérance ne se limite pas au rejet de l’autre ; elle révèle bien souvent une difficulté à s’accepter soi-même. En refusant certaines différences, certaines opinions ou certains modes de vie, nous projetons parfois nos propres peurs, nos doutes ou nos fragilités. Ne pas tolérer chez l’autre, c’est parfois refuser de regarder en face ce qui nous dérange en nous. Cette intolérance intérieure devient alors un mécanisme de défense, une manière d’éviter l’introspection et la remise en question.

 

De la même manière, l’injustice naît souvent d’un regard biaisé : au lieu de nous interroger sur nos propres comportements, nous préférons juger ceux des autres. Il est plus facile de pointer du doigt que de se confronter à ses contradictions. En jugeant sans chercher à comprendre, nous évitons l’effort d’empathie et de réflexion personnelle. Pourtant, la tolérance commence précisément là : dans la capacité à se regarder honnêtement, à reconnaître ses limites et à accepter que l’autre ne soit ni un miroir parfait, ni une menace.

 

De plus, qui sommes-nous pour juger ? Cela suppose que nous possédons une vérité universelle, ce qui n’est pas le cas. Avant de pointer du doigt les autres, il serait juste de se tourner vers soi-même : examiner nos propres biais, nos contradictions, nos jugements hâtifs. Juger l’autre sans cette introspection, c’est oublier la complexité humaine et réduire sa réalité à nos seuls critères. Remettre en question notre propension à juger, c’est commencer à reconnaître l’humanité de chacun et ouvrir la porte à la tolérance.

 

Être tolérant ne signifie pas tout accepter sans discernement. La tolérance n’est ni la passivité ni la renonciation à ses propres convictions. Elle ne consiste pas à dire que tout se vaut, ni à fermer les yeux sur ce qui heurte profondément nos principes. Être tolérant, c’est reconnaître à l’autre le droit d’exister tel qu’il est, avec ses idées, ses croyances, ses goûts, même lorsqu’ils diffèrent des nôtres.

 

C’est accepter qu’un autre point de vue puisse cohabiter avec le sien sans chercher à l’écraser ou à le corriger. C’est admettre que nos préférences ne sont pas des normes universelles et que la diversité des opinions, des cultures et des sensibilités n’est pas une menace, mais une richesse. La tolérance ne gomme pas les désaccords ; elle permet de les faire vivre sans violence ni mépris.

 

En ce sens, la véritable intolérance ne naît pas du désaccord, mais du refus d’accorder à l’autre la légitimité d’être différent. Elle commence lorsque l’on exige que l’autre se conforme à ce que nous estimons juste, normal ou acceptable. Être tolérant, c’est donc accepter la pluralité, tout en conservant la liberté de penser autrement.

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