Je ne suis pas du tout pour la colonisation mais que l’on utilise le passé colonial d’un pays comme argument à toutes les sauces m’agace au plus haut point. Réduire chacun de nos comportements à un passé colonial relève d’un raccourci lassant et caricatural. À ce compte-là, il faudrait considérer que les Allemands d’aujourd’hui portent encore la faute des crimes nazis. Une telle assimilation n’est qu’un amalgame, et une absurdité.
On voudrait nous faire croire que nous nous sentirions « supérieurs » simplement parce que certains de nos ancêtres auraient été colons ? Franchement, c’est du grand n’importe quoi ! Cette lecture simpliste, qui psychologise tout en distribuant bons et mauvais rôles, finit par tourner au procès d’intention permanent. Nous n’avons pas à assumer ni à gérer les projections, les fantasmes ou les complexes de qui que ce soit. Chacun doit répondre de ses actes présents, pas de ceux imaginés ou attribués à partir d’un passé lointain.
Sommes-nous tous condamnés à être suspectés de « comportements de colons » parce que certains de nos ancêtres l’ont peut-être été ? Devrions-nous payer pour les erreurs de nos ancêtres ? Je ne crois pas ! Une société qui confond mémoire et culpabilité tourne le dos à la nuance et à la complexité du réel.
Lorsque l’Algérie cherche à faire condamner moralement ou politiquement la France au nom de la colonisation, la démarche peut apparaître paradoxale, voire de mauvaise foi, si l’on replace l’histoire dans une perspective plus large. En effet, le territoire algérien a été, bien avant la colonisation française, successivement dominé par de nombreuses puissances étrangères : Phéniciens, Romains, Vandales, Byzantins, Arabes, Ottomans, pour ne citer que les principales. Cette succession de dominations montre que la colonisation n’est pas un phénomène exclusivement occidental ni spécifiquement français, mais une constante de l’histoire humaine.
Dès lors, focaliser la condamnation uniquement sur la France peut donner l’impression d’une lecture sélective de l’histoire, qui isole un épisode en le détachant du contexte historique global. Cela ne signifie pas que la colonisation française doive être minimisée ou niée : elle a engendré des violences, des injustices et des traumatismes réels qui méritent d’être reconnus et étudiés. Cependant, transformer cette mémoire en outil politique permanent, voire en instrument de confrontation diplomatique, pose question.
On peut aussi s’interroger sur l’usage contemporain de ce passé. À force de mobiliser la colonisation comme argument central, le discours officiel algérien semble parfois détourner l’attention des enjeux actuels, économiques, sociaux ou démocratiques, en entretenant une logique de victimisation héritée du passé. Cette posture empêche une relation apaisée entre les deux pays et fige les peuples dans une opposition mémorielle qui ne profite à personne.
Aussi, occulter certains aspects de la colonisation pour servir une idéologie est une pratique courante. On passe ainsi sous silence le fait qu’elle a aussi contribué à mettre fin à l’esclavage qui sévissait depuis longtemps dans cette partie du monde. Oui, en Afrique du Nord, il existait des esclaves européens comme africains : un élément dont on parle rarement. Certains « oublie » également la construction de nombreuses infrastructures encore utilisées aujourd’hui. L’Histoire n’est jamais entièrement noire ou blanche : elle est faite de nuances qu’il convient de reconnaître.
En définitive, reconnaître les crimes et les responsabilités historiques est nécessaire, mais cela devrait s’inscrire dans une démarche équilibrée, tournée vers la compréhension et la réconciliation plutôt que vers la condamnation unilatérale. L’histoire ne gagne rien à être utilisée comme une arme politique ; elle devrait au contraire servir de base à un dialogue lucide et constructif entre nations souveraines.
Laissons le passé à sa juste place : il ne s’agit ni de l’ignorer, ni de fermer les yeux sur ce qui a été commis, mais d’avancer. Ce n’est pas en agitant sans cesse les pages les plus sombres de notre histoire que nous construirons l’avenir. Se souvenir, oui, pour comprendre, pour apprendre, pour éviter que les mêmes erreurs se répètent. Tirer les leçons du passé est indispensable. Mais en faire un instrument d’accusation généralisée envers les Français d’aujourd’hui, qui ne sont pas responsables des actes de leurs ancêtres, n’a aucun sens et ne fait qu’alimenter les fractures plutôt que de les résorber. Mais diviser pour mieux régner arrange peut-être certaines personnes…
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